Un atelier de français avec les femmes

Seize  femmes sont présentes dont cinq  de l’année passée. Parmi les onze  autres, certaines ont rejoint le groupe de femmes, composé l’an dernier et se réunissant  les derniers samedis de chaque mois.
Cette rencontre est prévue de 9 heures 30 à 16 heures 30 avec une pause déjeuner.

Il est difficile de réaliser ce qui a été préparé car beaucoup de femmes sont là pour la 1ère fois. On improvise autour de 3 temps intenses et très riches. A la différence de l’an dernier, je suis seule et il faut s’adapter à des niveaux très hétérogènes. Les femmes sont très motivées, certaines ont parcouru plus de 25kms pour venir à cet atelier.

1er temps

Les femmes s’interrogent entre elles pour se présenter avec leurs motivations, leurs valeurs, leur idéal de vie.
Elles le font aussi à travers des jeux de rôle où l’une simule un cours de début d’année avec sa classe. Deux autres femmes inventent une situation dans le bus : L’une cède sa place à l’autre, enceinte d’un mari alcoolique et violent. Aïcha qui joue ce rôle aux côtés de Samira nous précise que toute la situation qu’elle invente est celle d’une de ses amies. Ici tout le groupe discute avec elle pour tenter de trouver une solution. Faut-il quitter une seconde fois son mari car la femme était partie une première fois et étant très amoureuse, elle est revenue ? Que faire pour les enfants ?
Dans un jeu de rôles participatif, toutes les femmes, même les femmes les plus réservées au début de la séance, sont très actives et nous pouvons approfondir ainsi beaucoup de vocabulaire, échanger sur nos cultures face à cette situation.

2ème temps

Les femmes souhaitent que nous parlions de la culture française et que nous la comparions avec la culture marocaine. Ce moment est plutôt exceptionnel de curiosité, de profondeur des échanges, de questionnements très personnels. Tous les sujets sont abordés et les femmes notent scrupuleusement une quantité de mots, de vocabulaire, me demandant des synonymes.
Pèle- mêle voici les sujets abordés : la relation homme – femme ; les conditions d’une vie amoureuse réussie au sein d’un couple ; la religion ; nos religions et leur influence dans la vie sociale ; les fêtes religieuses ; les rites ; la mort ; la vie après le mort ; la cuisine française : les repas classiques, des recettes particulières ( je donne la recette de la soupe de potiron, car dans la palmeraie, il en est produit beaucoup et les femmes n’ont pas tant d’idées pour l’accommoder !)…

3ème temps

Chaque femme reçoit le roman  Zaïna cavalière de l’Atlas» tiré du film de Bourlem Guezdjou et novellisé par Brigitte Peskine (2005 – Pocket jeunesse).
Et nous commençons la lecture du chapitre 1. Chaque femme lit quelques phrases et nous essayons de tout comprendre ensemble, cherchons les synonymes.
Ici, les échanges sur le vocabulaire, les personnages, la femme marocaine sont aussi très riches.
Il est prévu de terminer ce travail à chaque séance entre les femmes du groupe.

Bilan réalisé autour d’un tajine au restaurant du complexe culturel.

Nous sommes heureuses de bavarder encore et encore. Les femmes reconnaissent leur chance et leur plaisir de parler français, d’apprendre du vocabulaire, de partager nos cultures, nos points de vue sur la vie, nos idées.
Parler de tout, sur tout leur permet d’être plus ouvertes d’esprit, disent certaines.
Comme l’an dernier avec Martine et Marie, je ressors enthousiaste et très enrichie de ces échanges très libres.
Certaines femmes souhaitent savoir si elles ont progressé. A aucun moment, la barrière de la langue ne nous a gênées.
Nous convenons de continuer nos échanges par mails et de nous retrouver lors d’un prochain déplacement.

A noter aussi le riche échange avec Aïcha et Samira qui, toutes les deux sont très impliquées, maîtrisent remarquablement le français et sont très motivées par leur travail auprès des jeunes filles et femmes : pourquoi ne pas mutualiser leurs expériences et leur matériel informatique, leurs idées, dans les deux maisons des femmes très proches l’une de l’autre qu’elles animent ?

Anne Isabelle