Action autour des déchets : mise en place d’un atelier de valorisation des déchets avec les femmes de la Maison d’Avenir – Douar de Magramane

Action autour des déchets

Le contexte de l’action prend appui sur le Plan National des Déchets et assimilés (PNDM), programme initié par le gouvernement marocain et rendu opérationnel par une loi de décembre 2006. Ce PNDM s’inscrit dans la mouvance nationale et internationale de la protection de notre environnement.

 

Le PNDM, prévu sur 15 ans, a pour objectifs

  • D’atteindre un taux de collecte dans le milieu urbain à 100% en 2020
  • De réaliser des décharges contrôlées des déchets ménagers au profit de toutes les communes et centres urbains en 2020
  • De fermer les décharges sauvages ne pouvant pas être réhabilitées
  • De réhabiliter les décharges sauvages pouvant être exploitées
  • D’organiser et développer la filière « tri – recyclage – valorisation »
  • De moderniser le secteur de gestion des déchets par la professionnalisation du secteur
  • De sensibiliser et former les acteurs concernés par la problématique des déchets ménagers

L’enjeu de ce programme est important puisqu’il intègre des problématiques autour de la préservation de l’environnement, de l’amélioration des conditions d’hygiène et de santé des populations, de la promotion des activités économiques et de création d’emploi, du développement touristique, de la valorisation des déchets par le développement des filières de recyclage.

Mais, ce qui peut se concevoir sur le plan national, doit aussi trouver son écho au sein même de chaque territoire, en lien avec les communes, en lien avec les habitants. Les orientations nationales doivent pouvoir se décliner en action de proximité.

C’est dans ce contexte qu’un groupe d’étudiants en BTS ESF (Economie Sociale et Familiale) a réalisé, dans le cadre d’un stage de six semaines, un projet d’action autour de la valorisation des déchets sur la palmeraie de Skoura, commune située à 40 km à l’est de Ouarzazate.

 

Le questionnement général autour des déchets dans la palmeraie de Skoura

C’est au cours d’une randonnée dans la palmeraie que le groupe a pu observer l’impact de la problématique des déchets dans l’environnement. Cette randonnée, d’une journée, a pointé du doigt les questions autour du respect de l’environnement, de son impact sur l’écosystème et les enjeux de la valorisation d’un espace sensible au service de l’attractivité du territoire. Une approche spécifique autour des questions de biodiversité montre les interactions en niveau de la flore. Dans chaque parcelles de terre, il y a trois niveau : les palmiers protègent les arbres inférieurs comme les oliviers car il résiste au vent, les arbres les plus petits eux protègent la terre en préservant l’humidité du sol.

Des déchets, il y en a partout sur le territoire. L’analyse empirique de la nature des déchets montre des produits peu ou difficilement biodégradables. On retrouve, en particulier, des sachets en plastique dispersés par le vent, des boites de conserves rouillées, des morceaux de verre de bouteilles, des bouteilles en plastique de toutes sortes. On retrouve également des couches culottes, des récipients de produits toxiques tels que des récipients pour huile de vidange, des bombes d’insecticide …

L’observation globale a amené le groupe à aller poser un regard critique sur le fonctionnement du marché hebdomadaire et la collecte des déchets sur le centre ville. La situation est encore plus critique, voire indescriptible.

A ce stage de l’observation plusieurs interrogations se posent

  • Comment s’organise la collecte des déchets en centre ville et dans les quartiers environnants
  • Comment les élus de la commune interviennent et se saisissent de cette question des déchets
  • Comment les associations agissent pour préserver la qualité de vie du quartier
  • Comment chaque famille gère t-elle ses propres déchets
  • Quelles est le degré de prise de conscience, par la population locale, par les acteurs institutionnels, d’une action urgente autour de la gestion des déchets dans le monde rural
  • Comment développer une prise de conscience collective pour préserver cet environnement si sensible.

Certes, le sujet est vaste. En six semaines de stage, il faudra être pragmatique, bien organisé pour mettre en œuvre une action ciblée, qui en appellera d’autres. L’important est de construire avec l’ensemble des acteurs de la palmeraie et les skouris. Une ambition certes, mais qui doit aussi rester humble, modeste et mesurée. La tâche est d’envergure

Sensibiliser à la valorisation des déchets : une démarche exigeante, qui vise à protéger un environnement singulier et fragile.

Déchets 2

En six semaines de stage, il est impossible d’aborder la question du traitement des déchets dans une approche exhaustive. L’action est menée simultanément à l’association Al Ikhlass et l’association Maison d’Avenir. Dans chacune des associations, l’action d’information conseil est animée au profit de deux publics différents. D’un côte, l’action est menée avec les femmes de l’association Maison d’Avenir et de l’autre avec les enfants et les jeunes qui fréquentent l’association Al Ikhlass

La stratégie globale mise en œuvre

La première étape vise à poser un diagnostic plus précis de la situation sur chaque douar ou se situe l’association.

Elle s’appuie sur :

– Une observation sur différents espaces autour de chaque douar
– Des entretiens, sous forme de table ronde, avec les responsables de l’association
– Des entretiens menés auprès de familles témoins
– Des entretiens avec d’autres acteurs de la vie sociale et économique et touristique
– Des entretiens avec des représentants de l’école du centre de Skoura. Cette école mène des actions autour du développement durable avec des enfants et leurs parents

A partir de ces entretiens, une analyse plus fine autour des axes Opportunités / Menaces – Forces / Faiblesses a permis la mise en œuvre de l’action de sensibilisation. Elle a permis d’orienter l’action autour d’une cible définie en étant capable de mettre en évidence, le quoi, le qui, le pour qui, le pourquoi, le comment, le quand, en suggérant aussi une méthode et des outils d’évaluation des objectifs définis dans le plan d’action.

Avec chacune des associations, dans chaque douar, la démarche s’est appuyée sur un diagnostic plus précis de la présence des déchets dans le douar, d’analyser le ressenti et les postures des habitants du douar face aux déchets, et d’organiser avec eux une action de sensibilisation autour de l’axe ramassage – valorisation – transformation. Tout un programme en soi !

La démarche avec l’association Maison d’Avenir

Elle permet de présenter le public concerné par l’action, le diagnostic et l’action d’information conseil en précisant son objectif, la stratégie d’organisation mise en œuvre, et une stratégie d’évaluation de l’action menée avec les femmes de la Maison d’Avenir sur le douar de Magramane.

Le public concerné par l’action

Le public concerné regroupe les femmes de la Maison d’Avenir. Cela concerne une cinquantaine de personnes

Le diagnostic

La 1ère étape pose le cadre de réflexion et d’action dans le douar de Magramane par le soutien très actif des femmes de la Maison d’Avenir.

Une grille d’observation a permis de poser un regard critique sur :

  • La présence des déchets dans l’environnement du douar
  • La nature des déchets
  • Les modes de ramassage et l’organisation de cette collecte
  • Les risques pour l’environnement et les personnes

La 2ème étape, par l’organisation d’une table ronde avec une dizaine de femmes de la Maison d’Avenir, d’une part, et un questionnaire auprès des familles du douar, d’autre part, a permis d’analyser les enjeux et les comportements dans la gestion des déchets au quotidien

En synthèse, à l’appui de ces deux démarches on peut affirmer

  • Qu’il y a une réelle prise de conscience, par les femmes, des risques liés à la gestion anarchique des déchets dans le douar
  • Elles connaissent les conséquences pour l’environnement et pour la santé des personnes
  • Elles sont prêtent à se mobiliser pour diminuer l’impact des déchets
  • Elles souhaitent mieux connaitre l’impact des déchets dans l’environnement
  • Elles fourmillent d’idées pour tout ce qui concerne la valorisation des déchets mais elles n’y pensent pas
  • Elles ne savent pas toujours comment faire pour optimiser la diminution de production de déchets
  • Et surtout, elles prennent conscience que certaines habitudes, notamment dans le brulage des déchets plastiques ne trouvait pas de réponse dans une collecte collective plus appropriée.

Mais cela a aussi permis de se rendre compte qu’il y a une absence réelle de gestion des déchets par la commune. Nous sommes dans le registre de la débrouille.

Paroles de femmes :

« Pourquoi ne pas supprimer le déchet à la source, en fabricant directement des produits biodégradable qui ne nuisent pas à l’environnement ?»

«  Le fait de brûler les déchets est un vrai danger pour la santé du nourrisson ».

«  C’est pas beau dans le paysage »

« Que faire des plastiques ! Brûler c’est pas bien mais c’est moins pire que de les laisser se disperser dans les champs et les arbres »

C’est dans ce contexte que les étudiants ont mis en place une démarche d’information –conseil autour de la valorisation des déchets avec les femmes de la maison d’avenir du douar de Magramane.

 L’action d’information conseil avec les femmes de la Maison d’Avenir

L’objectif de l’action

La démarche a pour objectif de réduire la dispersion des déchets par leur revalorisation et leur donner une deuxième vie

L’organisation de l’action

La démarche s’articule en trois temps :

Un 1er temps autour du ramassage des déchets
Un 2ème temps autour de l’analyse des enjeux des déchets dans l’environnement
Un 3ème temps autour de la valorisation des déchets

L’opération ramassage des déchets

Déchets 3

Ce ramassage s’est déroulé sur une demi-journée, de 9 heures à 13 heures.

Il a débuté par une rencontre à la Maison d’Avenir, permettant aux étudiants d’expliquer la démarche à partir des observations et des entretiens réalisés lors du diagnostic.

« Nous avons installé l’ordinateur sur une table car nous n’avons pas de rétroprojecteur, ensuite nous avons disposés des chaises en arc de cercle autour de la table pour que l’ordinateur soit au centre et pour favoriser l’échange entre les femmes, pour que notre présentation soit interactif. Nous nous sommes positionnés à côté de l’ordinateur, avec l’aide de Samira qui faisait la traduction en arabe du diaporama, nous avons reçu des questions intéressantes de la part des femmes »

22 femmes sur la cinquantaine qui fréquentent l’association se sont portées volontaires, avec une grande motivation, malgré la chaleur et la période de fin de Ramadan.

L’opération ramassage des déchets s’est transformée en journée nature. Un diaporama, préparé par le ministère de l’agriculture et de l’environnement marocain a planté le décor de l’action. Le dialogue avec l’ensemble des participantes a été très vivant et très riche, grâce en particulier à la présence de Samira, la présidente de l’association, qui assurait la traduction des échanges entre les étudiants et les participants à cette journée nature.

« Nous avons commencé le nettoyage de la palmeraie, les femmes chantaient, sautaient pour attraper le moindre déchet. Samira a pu nous montrer un point stratégique ou certaine famille brulent leurs déchets, une femme à expliquer que l’on peut fabriquer soit même des sacs pour aller au marché à l’aide de feuilles de palmier »

Les étudiants avaient récupéré auparavant des grands sacs plastiques pour faciliter le ramassage des déchets.

A midi, tout le monde se retrouve pour une analyse des contenus des sacs et classer les déchets en différentes catégories.

« 13 heures, nous sommes rentrés à l’association avec les sacs remplis de déchets de toutes sortes. Nous avons sorti quelques déchets des sacs plastiques en expliquant comment l’on pouvait les revaloriser. Avec l’ordinateur nous avons pu montrer quelques exemples de revalorisation. (Pot de fleurs avec des bouteilles en plastiques, portes bijoux) »

La mise en place d’un atelier de valorisation des déchets

L’objectif de cet atelier est d’éviter de jeter dans la nature certains déchets en proposant une forme de réutilisation. La démarche de valorisation prend tout son sens car elle agit immédiatement sur les comportements des personnes. Elle s’inscrit dans cette volonté de maintenir des attitudes respectueuses de l’environnent.

Bien entendu, cela ne résout pas tout. Mais au-delà d’une prise de conscience bien affirmée des femmes sur les déchets dans la nature, la démarche vise à responsabiliser chacun dans la protection d’un environnement si fragile

«  A la Maison d’Avenir avec les femmes, l’atelier de valorisation des déchets a été lancé à partir des déchets collectés lors de la journée nature. Nous avons installé l’ordinateur au centre de la pièce principal, nous avons disposés des chaises autour du pc pour que toutes les femmes voient les différentes idées proposés. A la majorité d’entre elles, nous sommes partis sur la création d’une fleur avec les bouteilles en plastiques. Les femmes sont très imaginatives et créatives. Nous avions besoin comme matériels de plusieurs paires de ciseaux, de briquets pour gondoler le plastique et ainsi crées des formes arrondis. L’atelier à durée de 15h à 19h, elles sont venues plus tôt que d’habitude car il y a le ramadan. Pour garder trace de ce travail nous avons pris quelques photos pour les intégrer dans les postes informatiques dont dispose la Maison d’Avenir ».

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